Couloir de l’Infernet

Grenoble Amitié Nature - Club de montagne omnisports

Couloir de l’Infernet

L’annonce n’était pas encourageante. Le délai n’était pas facilitant. La sortie n’était pas rassurante. Pourtant nous étions 18 irréductibles à ne pas pouvoir rater l’occasion. Parmi nous, des noms, des symboles, mais qui n’avaient jamais osé affronter seuls les dangers de l’Infernet. Heureusement pour Patrick Vallançant (qui suite à un entraînement intensif, était aussi sec et affûté que jamais), Vivian Bruchez, Benjamin Védrines, Volodia Shashahani et Edgar Grospiron, le GAN offrait l’encadrement rigoureux et d’un niveau d’exception, qui était nécessaire pour affronter l’épreuve.

Attendant le groupe nombreux, Red Bull, sponsor de la sortie, avait prévu la fourniture d’un bus pour assurer la navette entre les points de dépose à Oulles et de retour au Pont de la Vena.

Le bus dépéché pour le GAN

Avec l’heure bien matinale, les humeurs sont variées. Les uns profitent de quelques moments de sommeil supplémentaire, d’autres sont déjà concentrés sur la descente, les yeux fermés, les bras mimants les virages sautés, tout le couloir ayant été visualisé et étudié encore et encore. Enfin les derniers, principalement les plus âgés, ont le regard brillant et rêveur. Certainement voient-ils là venir leur feu d’artifice final.

A Oulles, le moment est à la concentration. Le matériel et la nourriture sont vérifiés. Le PGHM est notifié. Les médias sont avertis. La météo est conciliante. Les mots d’adieu sont données aux familles. Tout est donc au vert. Tout d’abord un test DVA double est effectué, ainsi qu’une CSV (Consultation Sommaire des Vieux). A la tête du grand groupe, telle une armée disciplinée allant au combat, j’engage le pas, et je sens mes frères de bâtons en branle derrière moi. Mais là j’entends Monique crier « Le dernier arrivé est un mollusque ! ». A ce moment même, telle une débacle, une rivière en crue, le groupe forme un front chaotique et écrase la montagne. Aucun mot d’ordre, aucune supplication, rien n’y fait : jusqu’au sommet du Grand Talbert, ce sera une course effrénée sans règles. Les uns courant, les autres s’aggripant, se piégeant, les conversions mon oeil, à qui arrivera en tête.

C’est finalement Sophie qui gagne. Inspirée par Forest Gump, elle a profité de son handicap temporaire pour renforcer son physique malgré les attèles. Les croisés n’auront pas été vains, ils auront permis de gagner la terre promise.

Pas de mauvaise humeur pour les perdants, c’est l’heure du pique-nique ! Nous nous efforçons de ne pas penser à l’échéance proche et profitons du moment. A l’heure du dessert, nous partageons le chocolat de l’amitié. Nous régalent : Lindt Excellence 70% Cacao – Lindt Excellence Fleur de Sel – Côte d’Or Lait Noisettes Entières – Côte d’Or Noir 70% – Nestlé Dessert Noir – Nestlé Chocolat au Lait Fondant – Milka Noisette – Milka Oreo – Valrhona Guanaja 70% – Valrhona Jivara 40% – Michel Cluizel Noir de Plantation Mokaya 75% – Michel Cluizel Lait 45% – Alter Eco Noir Intense 85% – Alter Eco Lait Caramel Pointe de Sel – Bio Village Chocolat Noir 72% (Marque Repère) – Tony’s Chocolonely Chocolat au Lait Caramel & Sel. Et le génépy bien sûr. Nous rejoint à ce moment un journaliste du Dauphiné Libéré, JC Cailles. Prévenu par mes soins, il s’est dépêché de venir à nos côté pour assister à ce temps fort de l’année pour le ski français, et intègre le groupe.

Et c’est parti pour la descente. Les cordes sont déroulées, les baudriers enfilés. Tout est prêt. On a beau pleurer, l’air cinglant du sommet gèle nos larmes. Le destin nous attend. Etonnamment, même Raoul ne bronche pas devant le défi impérieux.

Toute la cohésion et le savoir-faire du club se mettent en place. Les mots sont précis, efficaces. Les cordées se forment et s’assurent.

Alain prend Gwénola sur ses épaules et marque le rythme des virages par son souffle régulier. Hervé, toujours sensible du genoux, garde ses peaux pour filer droit en vitesse maîtrisée.

A mi-chemin, nous retrouvons Sylvain qui avait décidé de prendre le couloir en montée. A l’arrêt, il nous raconte que malheureusement son sherpa l’avait abandonné, et il n’avait pas pu se résoudre à fournir le moindre effort de portage. Cette rencontre déconcentre Denis qui rate son virage, prend un mauvais appui et déchausse. Alors que Denis s’aggripe à la neige dure de bout des doigts, on voit sa prise glisser. Personne n’est assez proche pour lui fournir un appui. On assiste impuissant à la fatalité. Mais alors que tout semblait perdu, un ange tombe du ciel, suspendu à une corde, et oréolé des pales de l’hélicoptère du PGHM au dessus.

Denis est sauf, ouf ! Mais pas le ski. C’est une chaîne humaine qui se met en place pour le récupérer. Fier, je vois ici toute la force du collectif au service de la performance, pour ne pas compromettre la descente d’un seul membre. Longe à longe, main à boudrier, le ski est accroché et rapatrié au groupe. La descente peut continuer !

C’est dans une horlogerie de technique que le groupe poursuit sa descente, accompagné maintenant de Homer Lant du PGHM qui décide de profiter de cette occasion sans pareil. Chaque geste est calculé, accompli avec perfection. Une dérive ici, un rappel par là, un 3-6 à la réception, tout est bon. Mais non, une erreur de Sylvie qui chute ! Heureusement, elle avait oublié de retirer ses couteaux qui ont retenu sa glissade. Nous pouvons de nouveau souffler.

Il est maintenant 16h, et nous apercevons la fin du couloir. L’épuisement commence à percer malgré la volonté de fer qui caractérise les membres du GAN. Quel soulagement, quelle ivresse ! (Avant même le pot habituel). Avant longtemps, nous doutons de revivre pareil aventure. Mais que cela fasse référence ! Dans un an, jour pour jour, nous nous promettons de relever un nouveau défi, plus ambitieux encore.

PS : JC Cailles du Dauphiné Libéré m’a envoyé son projet d’article juste avant publication dans les prochains jours. Je vous le partage.

Nils pour le GAN

Grenoble : une descente engagée du couloir de l’Infernet pour Grenoble Amitié Nature

Grenoble, 1er avril 2025 – C’est une aventure en haute montagne qui restera gravée dans les mémoires des membres de l’association Grenoble Amitié Nature. Prévue peu de temps à l’avance, cette sortie a pourtant suscité une grande mobilisation au sein du club. Ce mardi, un groupe d’une quinzaine de skieurs chevronnés s’est élancé dans le redoutable couloir de l’Infernet, un itinéraire mythique du massif de Belledonne, connu pour sa pente vertigineuse flirtant avec les 50 degrés et son exposition impitoyable.

La descente s’annonçait technique et exigeante. Dès les premières courbes, la neige dure et irrégulière a donné du fil à retordre aux skieurs. Mais le premier véritable moment de tension est survenu à mi-parcours, lorsqu’un des participants a perdu un ski après une faute de carre sur un passage glacé. Immobilisé sur une vire exposée, il a fallu l’intervention rapide et coordonnée de ses camarades pour sécuriser sa position et récupérer son matériel, non sans difficulté. « L’esprit de cordée, c’est ce qui fait la force de notre groupe. Dans ces moments-là, chacun joue un rôle clé », témoigne Nils, un des encadrants de l’expédition.

Un peu plus bas, un passage en neige croûtée a occasionné une autre frayeur : une chute sans gravité, mais qui a rappelé à tous la rudesse de cet itinéraire où toute erreur peut avoir de lourdes conséquences. Malgré ces aléas, la solidarité du groupe a permis de poursuivre la descente avec prudence et maîtrise, jusqu’au verrou final, où un dernier ressaut verglacé a nécessité l’installation d’une main courante pour assurer les derniers mètres.

Finalement, après plusieurs heures d’efforts et d’émotions, le groupe a rejoint la vallée, fatigué mais exalté par cette descente d’anthologie. « C’était intense, mais c’est dans ces moments-là que l’on ressent pleinement la magie de la montagne et la force du collectif », conclut Monique, une des skieuses du jour. Un bel exploit qui rappelle que l’Infernet reste une ligne d’exception, réservée aux montagnards aguerris, où engagement et entraide vont de pair.

Avec cette aventure, Grenoble Amitié Nature confirme son engagement dans les défis alpins les plus exigeants et s’inscrit un peu plus parmi les clubs qui marqueront les Alpes, où passion et solidarité forgent les plus belles pages de l’histoire montagnarde.

Dauphiné Libéré